Fibre optique au Gabon : Le très haut débit avance, mais reste cher et peu performant



2026-08-19 17:54:00

Le Gabon accélère sur la fibre optique, mais peine encore à transformer ses investissements en véritable révolution numérique. Débits en progression, latence élevée et tarifs parmi les plus lourds de la sous-région : le pays avance, mais reste à distance de plusieurs marchés africains.



Le Gabon poursuit son déploiement du très haut débit, avec l’ambition de mieux connecter le territoire. Le marché repose notamment sur Moov Africa Gabon Telecom, présent dans 19 villes avec des offres pouvant atteindre 500 Mbit/s, et Canalbox, qui propose des forfaits de 50 et 200 Mbit/s. À cette dynamique s’ajoute un projet d’extension de 1 800 kilomètres de fibre optique, annoncé fin 2025 dans le cadre d’un partenariat public-privé. Un chantier stratégique alors que l’accès au très haut débit reste encore largement concentré dans les principaux pôles urbains.

Sur le papier, les performances progressent. Selon les données compilées par TelecomLead à partir notamment des mesures d’Ookla, la vitesse médiane de téléchargement du haut débit fixe est passée à 42,25 Mbit/s au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 15,9 % depuis 2023. Le bas du marché comme le haut du marché ont également enregistré des améliorations. Mais la dynamique gabonaise reste moins spectaculaire que celle observée ailleurs sur le continent. La Côte d’Ivoire atteint ainsi 60,99 Mbit/s, le Ghana 52,78 Mbit/s, tandis que le Sénégal et le Nigeria affichent respectivement 38,55 et 34,47 Mbit/s, avec des progressions beaucoup plus marquées depuis 2023.

Le véritable talon d’Achille reste toutefois la latence. Malgré une baisse de 18,5 %, celle-ci s’établissait encore à 179,8 millisecondes au deuxième trimestre 2026, soit le niveau le plus élevé parmi les six marchés étudiés. Pour les utilisateurs, cette donnée ne relève pas seulement de la statistique : elle influence directement la fluidité des services cloud, des visioconférences, des applications professionnelles ou encore des jeux en ligne. L’extension du backbone national pourrait contribuer à améliorer cette situation, à condition que les investissements dans les infrastructures se traduisent effectivement par une meilleure qualité de service.

Autre sujet qui fâche : le prix. Au Gabon, l’offre fibre d’entrée de gamme de 50 Mbit/s dépasse les 40 dollars par mois. Un tarif qui peut atteindre près du double de certaines offres comparables proposées dans plusieurs marchés ouest-africains. Le contraste est d’autant plus marqué que certains pays ont choisi d’agir sur les coûts de gros et le partage des infrastructures pour stimuler la concurrence. Au Togo, par exemple, le prix de gros de la fibre noire a été réduit de 60 % en 2025. Au Sénégal, la restructuration du réseau fibre a également accompagné une hausse des débits et une baisse des prix sur certaines offres.

Pour le Gabon, le défi n’est donc plus uniquement de déployer davantage de fibre, mais de rendre cette infrastructure réellement accessible et performante. Les 1 800 kilomètres annoncés peuvent constituer un tournant, notamment pour réduire les disparités territoriales et améliorer la qualité des connexions. Mais pour que le très haut débit devienne un véritable levier de transformation numérique, il faudra aussi agir sur les prix, la concurrence, l’accès ouvert aux infrastructures et la qualité du service. Car à l’heure où plusieurs marchés africains accélèrent, le Gabon ne peut plus se contenter d’être connecté : il doit désormais être mieux connecté, partout et à un coût supportable.