Gabon :312 millions d’euros pour transformer le rail gabonais
2026-08-28 09:07:00
Longtemps associé au transport du manganèse, le Transgabonais veut désormais élargir sa vocation. Avec 8,9 millions de tonnes de marchandises transportées en 2024, dont 8,4 millions issues du secteur minier, le rail gabonais reste fortement dépendant de l’activité extractive. Le nouveau financement de 312 millions d’euros destiné à moderniser l’infrastructure pourrait toutefois accélérer sa transformation en véritable corridor économique, au service de l’industrie, du commerce et des territoires.
Le Transgabonais se trouve à un tournant. Sur ses 648 kilomètres reliant Owendo à Franceville, le trafic demeure largement dominé par le secteur minier. Mais l’enjeu des prochaines années est désormais de faire de cette infrastructure stratégique un outil capable d’accompagner une économie plus diversifiée.
Bois, produits agricoles, matériaux de construction ou encore intrants industriels constituent autant de flux susceptibles de renforcer le fret général. À terme, la diversification du trafic pourrait réduire la dépendance du réseau à l’activité minière tout en améliorant les conditions d’acheminement des marchandises entre l’intérieur du pays et le littoral.
312 millions d’euros pour moderniser le réseau
C’est dans cette perspective que SETRAG bénéficie d’un financement de 312 millions d’euros, annoncé en juillet 2026 avec le concours de Proparco et de la Société financière internationale.
L’enveloppe doit notamment contribuer à la modernisation et à la sécurisation de l’infrastructure ferroviaire. L’objectif est de renforcer la fiabilité du réseau et d’améliorer ses capacités face à l’évolution des besoins du trafic.
Pour le secteur minier, cette modernisation constitue un enjeu majeur. L’augmentation des capacités de production des opérateurs et l’exploitation potentielle de nouveaux gisements supposent en effet des moyens de transport capables d’absorber des volumes supplémentaires dans des conditions compétitives.
Le rail apparaît ainsi comme un maillon déterminant de la chaîne logistique minière gabonaise.
Sortir du tout-minier
Mais le véritable enjeu se situe peut-être ailleurs : dans la capacité du Transgabonais à transporter autre chose que du minerai.
Avec 8,4 millions de tonnes sur les 8,9 millions transportées en 2024 provenant du secteur minier, la dépendance du réseau à l’activité extractive reste manifeste. Le développement du fret général pourrait progressivement modifier cette configuration.
Pour les entreprises installées le long du corridor, disposer d’une solution ferroviaire plus fiable et davantage ouverte aux marchandises générales pourrait faciliter l’approvisionnement en équipements, matières premières et intrants industriels.
Le Transgabonais ne serait alors plus seulement une infrastructure d’évacuation des ressources minières vers le port d’Owendo. Il deviendrait également un outil d’approvisionnement et de circulation des biens nécessaires à la production nationale.
Le défi des compétences
La transformation du réseau ne sera toutefois pas uniquement une affaire de rails et d’équipements. Elle repose également sur les compétences nécessaires à l’exploitation d’un système ferroviaire plus moderne et plus diversifié.
SETRAG développe dans ce cadre des partenariats avec les structures nationales de formation professionnelle. Conducteurs, techniciens, ingénieurs et logisticiens constituent autant de profils nécessaires au fonctionnement et à la montée en puissance du secteur.
La modernisation du Transgabonais pose donc aussi la question de la constitution d’un véritable écosystème ferroviaire national, capable d’accompagner durablement les investissements réalisés dans l’infrastructure.
Vers un corridor économique national ?
Si cette transformation se confirme, le Transgabonais pourrait progressivement changer de dimension. Son rôle ne se limiterait plus à relier les zones de production minière au port d’Owendo, mais consisterait à connecter davantage les territoires, les entreprises et les différents bassins économiques du pays.
Cette évolution nécessitera cependant des investissements dans la durée, mais aussi une coordination étroite entre l’État, SETRAG et les opérateurs économiques.
Le défi est désormais de transformer une infrastructure historiquement pensée autour du minerai en un véritable corridor économique, capable de soutenir la diversification productive du Gabon.
Du corridor minier au corridor économique, le Transgabonais pourrait ainsi devenir l’un des leviers majeurs de la transformation logistique et industrielle du pays.