Grand Libreville : 90 jours pour nettoyer la ville



2026-09-10 11:45:00

Face à des montagnes d'ordures devenues quotidiennes, Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum s'accordent 90 jours pour montrer du concret. Reste à savoir si cette nouvelle feuille de route saura enfin débarrasser les riverains d'un cauchemar urbain trop longtemps ignoré.



Le constat n’a plus rien de nouveau pour les habitants du Grand Libreville, essoufflés par des années d'annonces sans lendemain. Entre la décharge de Mindoubé au bord de l'asphyxie et près de 800 tonnes de déchets produits chaque jour dans la seule capitale, la gestion des ordures est devenue un véritable problème de santé publique et de dignité urbaine. Coordonner enfin les actions entre les quatre communes n'est donc pas un luxe technocratique, mais une urgence absolue pour des populations qui vivent au quotidien avec les odeurs et les dépôts sauvages.

Pourtant, la méthode présentée pour ce grand nettoyage laisse un goût de déjà-vu. Réunions institutionnelles, harmonisation des compétences et réorganisation des circuits de collecte : le schéma est connu, presque rodé. La véritable question ne réside pas dans la rédaction d'un document transmis au gouvernement, mais dans la volonté réelle d’allouer les budgets nécessaires et d’exiger des opérateurs privés un travail irréprochable sur le terrain.

En imposant ce calendrier de trois mois, les autorités locales s'exposent d'elles-mêmes à un test d'efficacité brutale. L'excuse facile de « l'incivisme des populations », trop souvent dégainée pour masquer les failles logistiques et le manque de bacs à ordures dans les quartiers prioritaires, ne suffira plus à justifier le manque de résultats. L'obligation de moyens doit laisser place à l'obligation de résultat, sous peine d'entacher un peu plus la confiance déjà friable des citoyens envers leurs institutions.

Le succès de ce plan ne se mesurera ni dans les salons dorés des mairies, ni à travers des communiqués de presse triomphalistes. Il se vérifiera au bas des immeubles à PK8, dans les ruelles d'Okala, à Nzeng-Ayong et sur les axes principaux d'Owendo. Sans la disparition définitive des dépôts sauvages, l'instauration de passages réguliers et des sanctions fermes contre les pollueurs, cette initiative viendra simplement allonger la liste des projets avortés.

Dans 90 jours, le verdict tombera sans filtre lors du passage des Gabonais dans leurs propres rues. Si les ordures continuent d'envahir le paysage quotidien du Grand Libreville, la population sera en droit d'exiger des comptes précis sur l'utilisation des fonds publics et d'indexer clairement les responsables de ce fiasco. Il est temps de passer des paroles aux actes : la capitale mérite mieux qu'un éternel recommencement.