Les projets intégrés : Le Gabon tient un levier pour accélérer son essor économique



2026-09-10 11:34:00

Construire une infrastructure ne suffit pas toujours à créer de la valeur. Au Gabon, la question de la cohérence entre les investissements publics devient centrale : un hôpital, une zone industrielle ou un équipement économique ne peut produire pleinement ses effets sans les routes, l’eau, l’électricité et les services nécessaires à son fonctionnement.



Pendant longtemps, la politique d’investissement public a pu privilégier des infrastructures considérées individuellement. Or, une infrastructure ne produit sa pleine valeur que lorsqu’elle s’inscrit dans un environnement fonctionnel. Un hôpital sans voie d’accès adaptée peut difficilement répondre efficacement aux besoins des populations. Une zone industrielle sans énergie fiable ni réseau logistique reste également limitée dans son potentiel. La même logique vaut pour les équipements touristiques, les marchés, les foires ou les pôles économiques. C’est précisément l’intérêt d’une approche fondée sur le projet intégré.


Le projet intégré consiste à penser plusieurs infrastructures dans une même dynamique économique et territoriale. Il ne s’agit plus seulement de construire une route, mais de réfléchir à ce qu’elle doit desservir et aux activités qu’elle doit soutenir. Il faut également anticiper les besoins en eau, en électricité, en transport et en maintenance. Cette méthode implique une coordination étroite entre plusieurs administrations et opérateurs publics. Elle nécessite aussi une programmation pluriannuelle permettant de séquencer les investissements. L’objectif final est simple : faire en sorte que chaque dépense publique renforce l’utilité des autres.


Cette approche suppose toutefois d’accepter un calendrier parfois moins spectaculaire.
Un projet intégré demande davantage d’études, de coordination et de planification avant son lancement. Il est donc moins facile à présenter comme une réalisation immédiate. Mais cette lenteur relative peut être compensée par une meilleure efficacité économique sur le long terme. Un investissement correctement dimensionné limite les risques de doublons, d’abandon ou de sous-utilisation. Le véritable indicateur doit donc être la durée de vie utile de l’infrastructure plutôt que la rapidité de son inauguration.


Pour le Gabon, cette question est particulièrement importante dans un contexte de diversification économique. Le pays doit désormais connecter ses infrastructures aux secteurs capables de produire davantage de valeur et d’emplois. Agriculture, industrie, tourisme, transport, énergie et services doivent pouvoir bénéficier d’investissements complémentaires. Une route peut ainsi devenir plus stratégique lorsqu’elle relie une zone de production à un port ou à un marché. Un réseau électrique prend davantage de sens lorsqu’il accompagne une activité industrielle ou agricole structurée. Le projet intégré devient alors un instrument de développement territorial plutôt qu’une simple addition de chantiers.


Le Gabon dispose aujourd’hui d’une fenêtre politique importante pour inscrire cette logique dans la durée. Le mandat de six ans du président Brice Clotaire Oligui Nguema permet théoriquement de programmer des projets dépassant le cycle de l’annonce immédiate. L’enjeu consiste à privilégier des investissements capables de fonctionner durablement et de générer des effets économiques mesurables. Cela suppose de renforcer l’évaluation préalable, la coordination interministérielle et le suivi des infrastructures livrées. La performance d’un État ne devrait donc pas seulement se mesurer au nombre de projets inaugurés. Elle doit aussi se mesurer à leur capacité à fonctionner, à durer et à produire de la valeur pour les générations futures.