« Où est l’argent du Gabon ? » : La question fiscale soulevée par Joseph Lapensée Essingone



2026-08-21 13:05:00

Ancien candidat à l’élection présidentielle de 2025 et professionnel de l’administration fiscale, Joseph Lapensée Essingone interroge un paradoxe qui traverse depuis longtemps le débat économique gabonais. Comment un pays disposant de pétrole, de manganèse, de bois et d’autres ressources naturelles peut-il continuer à chercher de nouvelles recettes fiscales tout en peinant à optimiser la collecte de celles qui existent déjà ? Une interrogation qui prend un relief particulier au moment où l’État engage une réforme de son système de mobilisation des recettes.



L'interrogation soulevée par Joseph Lapensée Essingone touche à l'un des grands paradoxes de l'économie gabonaise. Le pays dispose d'importantes ressources naturelles et accueille de grandes entreprises nationales et internationales. Pétrole, manganèse, bois et autres activités extractives génèrent des flux économiques considérables. Pourtant, l'État continue régulièrement de rechercher de nouvelles ressources à travers la fiscalité. Pour l'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2025, la question mérite donc d'être posée clairement : pourquoi chercher toujours à créer ou renforcer des taxes lorsque la mobilisation des ressources existantes reste perfectible ?

La question est d'autant plus particulière que Joseph Lapensée Essingone connaît l'administration fiscale de l'intérieur. Il occupe les fonctions d'Inspecteur des services adjoint à la Direction générale des impôts. Son regard sur la fiscalité s'inscrit donc aussi dans une connaissance des mécanismes de mobilisation des recettes. Son parcours politique l'a ensuite conduit à défendre publiquement une vision de rupture et de transformation. Son interrogation ne porte pas uniquement sur le principe même de l'impôt, indispensable au fonctionnement de l'État. Elle renvoie surtout à l'efficacité du système : collectons-nous réellement tout ce qui devrait déjà être collecté ?

Les chiffres officiels montrent que l'État a fait de la mobilisation fiscale une priorité pour 2026. La loi de finances initiale prévoyait notamment plus de 2 380 milliards FCFA de recettes fiscales. Le gouvernement a également annoncé une stratégie fondée sur la digitalisation et la modernisation fiscale. L'élargissement de l'assiette, le renforcement des contrôles et la rationalisation des exonérations en font partie. Le débat ne porte donc pas seulement sur le niveau des taxes, mais aussi sur la capacité à administrer l'impôt. C'est précisément sur cette distinction entre création de prélèvements et efficacité de la collecte que le débat prend tout son sens.

L'exemple des exonérations fiscales illustre les pertes potentielles pour les finances publiques. En juin 2025, le gouvernement avait évoqué un manque à gagner de plus de 1 000 milliards FCFA sur trois ans. Ces pertes étaient attribuées à des exonérations fiscales et douanières massives et insuffisamment encadrées. Une opération de rationalisation et d'audit des régimes dérogatoires a alors été annoncée par les autorités. Le problème posé devient donc celui de l'équité et de l'efficacité du système dans son ensemble. Avant de demander davantage aux contribuables, l'État doit aussi s'assurer que chacun paie effectivement ce qu'il doit.

Le débat ouvert par Joseph Lapensée Essingone dépasse ainsi la simple contestation d'une taxe supplémentaire. Il pose une question plus fondamentale sur le modèle de financement de l'État gabonais. Un pays riche en ressources doit-il compenser les insuffisances de collecte par une pression accrue sur les ménages ? Ou doit-il d'abord mieux identifier les assiettes, réduire les exonérations inefficaces et sécuriser les recettes existantes ? La réforme fiscale en cours offre l'occasion de répondre à cette interrogation avec des résultats mesurables. Car le véritable enjeu n'est peut-être pas seulement de taxer davantage, mais de mieux collecter, mieux contrôler et mieux redistribuer.