Paludisme : Anopheles stephensi, le nouveau moustique qui menace les villes africaines
2026-08-21 12:12:00
Alors que la Journée mondiale du moustique met en lumière les progrès réalisés grâce aux vaccins et aux nouveaux traitements, une menace supplémentaire gagne du terrain en Afrique : Anopheles stephensi. Contrairement aux principaux vecteurs traditionnels du paludisme, ce moustique invasif est particulièrement adapté aux environnements urbains et pourrait modifier profondément la géographie de la maladie sur le continent. L’OMS considère désormais son expansion comme une menace majeure pour les efforts de lutte et d’élimination du paludisme.
La lutte contre le paludisme en Afrique avance,
notamment grâce à l'élargissement de la vaccination. Mais au moment où de
nouveaux outils sont progressivement déployés sur le continent, un autre danger
attire désormais l'attention des autorités sanitaires internationales. Il
s'agit d'Anopheles stephensi, une espèce invasive originaire d'Asie du Sud. Sa
particularité est de pouvoir s'adapter particulièrement efficacement aux
espaces urbains. L'OMS considère aujourd'hui son expansion comme une menace
majeure pour la lutte antipaludique.
Détecté pour la première fois à Djibouti en 2012,
le moustique a progressivement étendu sa présence. Des détections ont ensuite
été signalées dans plusieurs pays d'Afrique et du Moyen-Orient. Son apparition
au Nigeria, au Ghana et dans d'autres territoires suscite une inquiétude
particulière. Contrairement à plusieurs vecteurs africains traditionnels, il
prospère dans les environnements construits. Réservoirs d'eau, citernes et
autres contenants artificiels peuvent devenir des lieux de reproduction. La
ville, longtemps considérée comme relativement moins favorable à certains
vecteurs, devient ainsi vulnérable.
Le danger tient également à sa remarquable capacité
d'adaptation aux conditions climatiques.
Anopheles stephensi peut survivre à des températures particulièrement élevées
pendant la saison sèche. Or, cette période correspond habituellement à un
ralentissement de la transmission du paludisme. Son installation pourrait donc
modifier la saisonnalité traditionnelle de la maladie dans certaines zones. La
présence de résistances à plusieurs familles d'insecticides complique également
la réponse sanitaire. La lutte devra donc associer surveillance, gestion des
gîtes et nouvelles stratégies de contrôle.
Cette menace intervient pourtant à un moment où la
lutte contre le paludisme enregistre des avancées. Le vaccin RTS, S, recommandé
par l'OMS depuis 2021, a ouvert une nouvelle étape de prévention. Son
déploiement, désormais complété par d'autres outils, cible en priorité les
populations les plus exposées. L'OMS a également renforcé son arsenal pour
protéger les nourrissons et les jeunes enfants. Mais la progression de ces
innovations ne doit pas masquer l'évolution des vecteurs eux-mêmes. Le combat
contre le paludisme se joue désormais autant contre la maladie que contre ses
nouvelles formes de propagation.
Face à cette situation, l'OMS plaide pour une stratégie continentale d'anticipation et d'élimination. La surveillance précoce devient essentielle dans les pays où le moustique n'a pas encore été détecté. Les villes doivent également intégrer la gestion des eaux stagnantes dans leurs politiques sanitaires. L'urbanisation rapide du continent pourrait en effet offrir de nouveaux espaces à cette espèce invasive. La réponse devra donc associer santé publique, collectivités locales, urbanisme et participation communautaire. Car empêcher l'installation d'Anopheles stephensi pourrait être plus efficace que tenter de l'éliminer demain.