Parlons de vous : Makosso Frank Noël A.K.A Slam Masteur No, quand le slam devient un levier d’entrepreneuriat culturel
2026-08-20 16:22:00
Dans le cadre de sa rubrique « Parlons de vous », dédiée à la mise en lumière des parcours inspirants des entrepreneurs et professionnels gabonais, BiBa 241 reçoit cette semaine, Makosso Frank Noël, plus connu sous le nom de Slam Masteur No. Artiste, entrepreneur culturel et fondateur de Black History Arts, il fait partie de cette génération qui a choisi de transformer sa passion en un véritable projet professionnel.
À travers Black History Arts, il entend contribuer à la structuration et au développement des industries culturelles et créatives au Gabon. Né le 24 décembre 1988, Makosso Frank Noël est avant tout connu du public sous le pseudonyme de Slam Masteur No. À l’origine, pourtant, son parcours académique semble l’avoir orienté vers un tout autre univers : il est titulaire d’une licence en maintenance industrielle. Mais entre les sciences techniques et la passion pour l’art, c’est finalement la culture qui prendra une place centrale dans son parcours.
Passionné d’art et de culture, Makosso Frank Noël commence son aventure en tant qu’artiste slameur. Progressivement, son engagement dans le milieu culturel le conduit à imaginer des projets de plus grande envergure. C’est ainsi qu’est né Black History Arts, initialement sous la forme d’un projet de festival. Sa particularité : proposer une programmation culturelle qui s’étend sur un mois entier. Au fil des éditions, le projet prend de l’ampleur et gagne en expérience. Un tournant intervient notamment à l’issue de la quatrième édition du festival.
En 2024, l’équipe est sollicitée dans le cadre d’un
projet porté par l’Ambassade de France : Duvanga, La Fabrique Créative.
Une opportunité importante, mais qui impose également une nouvelle exigence. Pour
répondre à l’appel à projets et assurer la gestion de cette initiative, il
devient nécessaire de disposer d'une structure professionnelle répondant à des
critères administratifs et organisationnels précis. Cette contrainte devient
alors une opportunité.
Black History Arts, une entreprise née d'une
opportunité
En 2024, avec plusieurs collaborateurs, Makosso
Frank Noël franchit une nouvelle étape en créant l’entreprise Black History
Arts (BHA), reprenant ainsi le nom du festival à l’origine de cette
aventure. Aujourd’hui, BHA se présente comme une entreprise d’ingénierie
culturelle, spécialisée dans la conception et la gestion de projets
culturels. Son champ d’intervention couvre notamment le management
artistique, le booking, le consulting ainsi que la création
de contenus, avec une activité entièrement tournée vers le secteur
culturel.
Mais au-delà des prestations proposées, l’ambition
est plus large : faire de la créativité un outil de changement social tout en
participant au développement et à la structuration des industries culturelles
et créatives. Pour son fondateur, la création de l’entreprise a également
marqué une prise de conscience. « Nous avons compris que ce que nous
faisions constituait véritablement un métier, avec une dimension
professionnelle et économique. » Une prise de conscience qui l’a poussé à
retourner sur les bancs de l’école, à approfondir ses connaissances et à mieux
comprendre l’écosystème culturel, ses mécanismes et son langage professionnel.
Se former pour mieux construire
L’expérience entrepreneuriale a ainsi ouvert une
nouvelle phase dans son parcours : celle de la formation continue. Pour Makosso
Frank Noël, évoluer dans le secteur culturel ne consiste pas uniquement à créer
ou à produire. Il faut également comprendre les mécanismes économiques, les
modèles d’organisation et les réalités professionnelles qui structurent les
industries culturelles. La formation, l’apprentissage et le renforcement des
compétences sont donc devenus des éléments essentiels de son parcours et de
celui de son entreprise. Cette logique se retrouve également au sein de Black
History Arts.
L’une des particularités de la structure réside
dans le profil de celles et ceux qui la composent. Des anciens artistes, des
passionnés et des professionnels qui partagent une même conviction : l’art et
la culture peuvent constituer bien plus qu'une passion. Ils peuvent devenir un
espace de création de valeur, d’innovation et de transformation. « C’est la
créativité et la culture qui nous rassemblent », résume le fondateur.
Apprendre aussi à perdre
Comme toute aventure entrepreneuriale, celle de
Black History Arts n’a pas été sans difficultés. L’acquisition de matériel, la
location de bureaux ou encore le manque de main-d’œuvre qualifiée ont constitué
autant de défis à relever. Face à ces contraintes, l’entreprise a fait le choix
d’investir davantage dans la formation et le renforcement des compétences de
ses équipes. Mais l’une des principales leçons tirées par Makosso Frank Noël
concerne le rapport à l’investissement et au risque. « Beaucoup cherchent à
gagner de l’argent, mais avant de savoir en gagner, il faut aussi apprendre à
accepter d’en perdre. »
Une vision qui traduit une approche particulière de
l’entrepreneuriat : certaines pertes ne constituent pas nécessairement des
échecs. Elles peuvent aussi représenter des investissements, des apprentissages
et des étapes nécessaires à la construction d’un projet plus solide. Dans un
secteur culturel qui présente encore plusieurs insuffisances notamment en
matière de cadre juridique, de formations adaptées aux réalités locales et
d’accompagnement financier ces difficultés peuvent aussi devenir des opportunités.
Car derrière chaque manque se trouve un besoin à satisfaire.
Construire l’écosystème culturel de demain
Pour Black History Arts, l’enjeu ne se limite donc
pas au développement d’une entreprise. Il s’agit également de participer, à son
échelle, à la construction de l’écosystème culturel dans lequel ses acteurs
souhaitent évoluer. Cela implique de se former, de développer de nouvelles
compétences, de diversifier les activités et de trouver de nouveaux modèles
économiques, sans perdre de vue l’identité première du projet. Le numérique
joue également un rôle important dans cette stratégie. Il permet à l’entreprise
de maintenir sa visibilité, de valoriser son image et de continuer à exister
dans un environnement où la présence et la capacité à raconter son activité
sont devenues essentielles. À travers son parcours, Makosso Frank Noël incarne
ainsi une nouvelle génération d’acteurs culturels qui ne veulent plus opposer
la passion à l’entrepreneuriat. De l’artiste slameur à l’entrepreneur culturel,
son parcours témoigne d’une conviction : la culture peut être un métier, une
industrie et un véritable levier de transformation.
Et malgré les défis, l’optimisme reste intact. Avec
les projets déjà réalisés, les compétences développées et les personnes qui
rejoignent progressivement l’aventure, Black History Arts continue de croire au
potentiel de la culture gabonaise. Une conviction tournée vers l’avenir. Car
pour Makosso Frank Noël et son équipe, les dix prochaines années pourraient
bien être celles d’un nouveau chapitre pour les industries culturelles et
créatives au Gabon.