SETRAG : le conflit autour du SYCAT fait planer la menace d’une nouvelle crise sociale



2026-08-15 08:02:00

Le bras de fer autour de la représentation syndicale au sein de la Société d’Exploitation du Transgabonais (SETRAG) franchit un nouveau cap.



Dans une déclaration de presse conjointe rendue publique le 14 août, la plateforme SYCAT-FETRAG-SETRAG conteste la reconnaissance de l’ancien président du SYCAT par la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (CSTG) et la direction générale de la SETRAG. Une situation qui fait désormais planer la menace d’un nouveau mouvement social au sein de l’entreprise.

Au cœur du conflit : la légitimité du Bureau exécutif appelé à représenter les travailleurs du SYCAT. La plateforme affirme qu’une Assemblée générale extraordinaire, convoquée conformément aux statuts du syndicat, a décidé de démettre l’ancien président Davi NTANDOU BIKOUTA de ses fonctions pour « perte de confiance ».

Pour conforter cette décision, le camp qui se revendique comme le nouveau Bureau exécutif avance également le résultat d’une pétition interne. Selon la déclaration, celle-ci aurait recueilli plus de 300 signatures sur 476 adhérents, soit environ 63 % des membres. La plateforme estime ainsi disposer d’une légitimité démocratique suffisante pour représenter les salariés concernés.

 

La contestation prend une nouvelle dimension après un courrier de la CSTG daté du 10 août 2026 et une note de service de la Direction générale de la SETRAG du 11 août. Selon la plateforme SYCAT-FETRAG-SETRAG, ces deux documents reconnaîtraient l’ancien président comme interlocuteur du SYCAT.

Une position que le groupe conteste fermement. Il considère cette reconnaissance comme une intervention dans une affaire relevant de la vie interne du syndicat et dénonce une atteinte à l’autonomie syndicale.

La plateforme remet également en cause la portée des conclusions de l’Inspection du Travail concernant l’Assemblée générale extraordinaire du 11 juin 2026. Elle estime que l’Inspection du Travail ne peut se substituer au juge pour trancher la validité des décisions internes d’un syndicat. Ces éléments constituent toutefois la lecture et les arguments avancés par la plateforme dans sa déclaration.

 

Au fil de la déclaration, le conflit apparaît comme une confrontation impliquant plusieurs niveaux : les dirigeants syndicaux, la CSTG, la direction de la SETRAG et certaines administrations du travail.

La plateforme accuse notamment la Direction générale de la SETRAG d’avoir suspendu son Bureau exécutif du dialogue social, en invoquant un « bicéphalisme » et un non-respect des statuts. Elle rejette cette lecture et affirme qu’un seul Bureau exécutif est aujourd’hui légitime.

Pour les représentants du SYCAT, l’enjeu dépasse donc leur organisation. Ils estiment que l’issue de cette crise pourrait créer un précédent pour les autres organisations syndicales du pays et posent la question de l’autonomie des syndicats face aux employeurs et aux institutions.

 

C’est sans doute le point le plus préoccupant pour la continuité du dialogue social à la SETRAG. La plateforme annonce qu’un préavis de grève sera déposé auprès de l’employeur. Elle affirme représenter 95 % des effectifs de la SETRAG et dit se réserver la possibilité de recourir à « toutes les formes de lutte syndicale légales ».

Cette annonce transforme progressivement un conflit de gouvernance syndicale en une potentielle crise sociale dans une entreprise stratégique. Si le préavis devait déboucher sur une grève, les conséquences pourraient dépasser le seul cadre des organisations syndicales et toucher le fonctionnement du dialogue social au sein de l’entreprise.

 

Face à cette situation, la plateforme demande notamment l’annulation de la suspension du SYCAT du dialogue social, la cessation de ce qu’elle qualifie d’ingérences de la Direction de la Réglementation du travail et de la CSTG, ainsi que la reconnaissance de son Bureau exécutif.

Elle réclame également une enquête administrative sur les agissements qu’elle reproche à la Direction de la Réglementation et appelle le gouvernement à garantir le respect de la liberté syndicale.

 

Le dossier est également porté sur le terrain international. La plateforme indique vouloir saisir l’Organisation internationale du Travail (OIT), en invoquant notamment les conventions 87 et 98 relatives à la liberté syndicale et au droit d’organisation et de négociation collective.

À ce stade, le conflit autour du SYCAT reste présenté essentiellement à travers les positions de la plateforme signataire de la déclaration. Les arguments de la CSTG, de la Direction générale de la SETRAG et de l’administration du travail devront être confrontés pour établir précisément les responsabilités et la portée juridique des différentes décisions évoquées.

 

Mais une chose est désormais claire : le différend syndical a atteint un niveau susceptible de fragiliser le dialogue social au sein de la SETRAG.

Entre bataille de légitimité, désaccord sur l’interprétation des textes et menace de grève, la prochaine étape sera déterminante. Elle dira si les différentes parties parviennent à renouer le dialogue ou si le conflit autour du SYCAT ouvre la voie à une nouvelle épreuve de force sociale.