Zambie : Hichilema conserve son fauteuil pour un second mandat



2026-08-18 11:47:00

La victoire ne faisait guère de doute, mais elle laisse un goût amer à une partie du pays. Le président sortant Hakainde Hichilema a été réélu mardi 18 août pour un second mandat, avec environ 60 % des voix, dans un climat politique inhabituel pour cette démocratie d’Afrique australe pourtant réputée stable. Cinq des 226 circonscriptions restaient encore à dépouiller au moment de l’annonce, mais la commission électorale a assuré que ces résultats manquants ne changeraient rien à l’issue du scrutin.



« Nous sommes profondément touchés par la confiance que vous nous avez accordée », a déclaré « HH » après l’annonce de sa victoire, avant d’ajouter un message à l’adresse de ses opposants : « À ceux qui ont préféré les idées présentées par nos adversaires, nous vous entendons, et nous continuerons à œuvrer pour vous. » Des centaines de ses partisans, vêtus de rouge aux couleurs de son parti l’UPND, ont envahi les rues de Lusaka pour célébrer, entre chants, danses et pétards.

Le chef de l’État, au pouvoir depuis 2021, affrontait pas moins de treize autres candidats. Son principal rival, Brian Mundubile, 55 ans, ancien ministre sous la présidence d’Edgar Lungu (2015-2021), recueille près de 38 % des suffrages. Mais l’opposant n’a pas attendu les résultats officiels pour revendiquer la victoire dès vendredi, au lendemain du vote, sans en apporter la moindre preuve. Lundi, il est allé plus loin en dénonçant des irrégularités dans le dépouillement, affirmant sans preuves que des documents de résultats auraient été falsifiés.

Cette bataille de communication s’ajoute à une série d’épisodes tendus qui ont marqué la campagne et l’après-scrutin. Le week-end dernier, onze personnes, dont six figures de l’opposition, ont été arrêtées lors d’une opération que le gouvernement présente comme visant une milice présumée, menée le jour même des élections présidentielle et législatives. Le parti NRPUP de Brian Mundubile rejette catégoriquement ces accusations, assurant n’avoir « pas de milice », et affirme qu’un de ses parlementaires aurait été blessé par balle lors du raid policier, qui aurait eu lieu au domicile même de Mundubile selon son camp.

Le dépouillement avait par ailleurs été suspendu plusieurs heures pour cause de « violences », une décision qui a inquiété les observateurs internationaux du scrutin, dont ceux de l’Union européenne, tout comme les restrictions imposées à l’opposition durant la campagne. « Les espoirs d’une élection calme et crédible en Zambie ont été déçus », a résumé le groupe de réflexion Oxford Economics Africa, évoquant une situation « très tendue ».

Sur le fond, ce scrutin faisait figure de test pour le bilan économique du président sortant. Deuxième producteur africain de cuivre et huitième mondial, la Zambie a pourtant une longue tradition de transferts pacifiques du pouvoir par les urnes : depuis le retour au multipartisme en 1991, chaque alternance présidentielle s’est faite dans les urnes. Lors de son premier mandat, Hakainde Hichilema met en avant la restructuration de la dette du pays et la baisse de l’inflation comme ses principales réussites. Mais ses détracteurs estiment que ces progrès macroéconomiques ne se sont pas encore traduits dans le quotidien des Zambiens : selon la Banque mondiale, plus de 70 % des 22 millions d’habitants du pays vivent toujours avec moins de 3 dollars par jour.