Gabon : 274 détenus libérés à Libreville pour irrégularités judiciaires



2026-03-17 10:59:00

À la prison centrale de Libreville, 274 détenus ont été remis en liberté à la suite d’un audit révélant des détentions irrégulières. Une opération qui s’inscrit dans la volonté des autorités de renforcer l’État de droit et d’assainir la chaîne pénale.



La cour d’honneur de la prison centrale de Libreville a servi de cadre, ce lundi 16 mars 2026, à une cérémonie solennelle de remise d’ordres de mise en liberté (OML). Placée sous la conduite du Colonel Ismaël Télesphore Ngoussi, cette opération a permis à 274 détenus de recouvrer la liberté, dont une majorité d’hommes et plusieurs femmes, jusque-là maintenus en détention dans des conditions juridiquement irrégulières.

Cette initiative conjointe de l’administration carcérale et du ministère de la Justice fait suite à un audit approfondi mené par l’Inspection générale des services judiciaires. Les conclusions ont révélé des situations préoccupantes : peines purgées sans élargissement, détentions provisoires prolongées au-delà des délais légaux ou encore absence de présentation devant une juridiction compétente.

Pour le Directeur régional nord de la Sécurité pénitentiaire, le Colonel Cyriaque Moussavou, ces détenus se trouvaient dans une véritable impasse juridique, cumulant irrégularités administratives et violations de procédure. L’Inspecteur général des services judiciaires, Apollinaire Ondo Mve, a rappelé avec fermeté le principe consacré par la Constitution : la détention préventive doit demeurer exceptionnelle. « Nul ne peut être détenu au-delà du temps fixé par la loi », a-t-il insisté, soulignant la gravité des dérives constatées.

De son côté, le ministre de la Justice, Augustin Emane, a tenu à clarifier la portée de cette mesure. Il ne s’agit nullement d’une grâce, mais bien d’une application stricte de la loi. Cette démarche s’inscrit dans la feuille de route fixée par les plus hautes autorités, visant à restaurer la crédibilité du système judiciaire gabonais. « Lorsque les règles de procédure sont violées, il n’y a plus d’État de droit. Notre responsabilité est donc de corriger ces manquements, y compris lorsqu’ils émanent de l’État lui-même », a déclaré le Garde des Sceaux.

Cette opération a été saluée par plusieurs figures du monde judiciaire, dont le Bâtonnier Raymond Ndong Sima ainsi que des magistrats du parquet général et du tribunal de Libreville. Au terme de la cérémonie, un ancien détenu a livré un témoignage poignant, évoquant notamment la surpopulation carcérale et les conditions de détention difficiles. Pour ces bénéficiaires, cette libération inattendue représente une véritable seconde chance.

Au-delà de Libreville, cette opération de régularisation devrait être étendue à l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays. L’objectif est double : désengorger les prisons et garantir un meilleur respect des droits fondamentaux dans la chaîne pénale gabonaise.