« PARLONS DE VOUS » : CHARLÈNE ONGOTHA, L’AVOCATE QUI VEUT FAIRE DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE UN LEVIER DE TRANSFORMATION DU GABON
2026-10-23 09:30:00
Docteure en sciences politiques, avocate inscrite au Barreau de Lyon et entrepreneure sociale, Charlène ONGOTHA a fondé en 2021 l’Institut Concorde, un think tank consacré à la réflexion sur l’avenir du Gabon. Depuis la diaspora, elle mobilise des compétences, rassemble des intelligences et encourage une participation plus active des citoyens au débat public. Son ambition : faire de l’Institut Concorde un acteur incontournable de la réflexion et de la construction des politiques publiques au Gabon.
Peut-on contribuer à transformer son pays sans y résider au quotidien ? Pour Charlène ONGOTHA, la réponse passe par l’engagement, la réflexion collective et la capacité à faire dialoguer les compétences au-delà des frontières. Née le 14 novembre 1989 à Libreville, cette entrepreneure sociale et intellectuelle engagée a choisi de faire de son parcours académique et professionnel un levier au service du Gabon. En 2021, elle concrétise cette ambition avec la création de l’Institut Concorde, un groupe de réflexion qui entend contribuer au débat public et encourager les Gabonais à penser autrement l’avenir de leur pays.
De la formation juridique à l’engagement citoyen
Arrivée en France en 2007, Charlène ONGOTHA entreprend des études de droit, puis de sciences politiques à Toulouse. Elle obtient son doctorat en 2018 avant de décrocher son diplôme d’avocat en 2021, qui lui permet de s’inscrire au Barreau de Lyon et d’y exercer. Au fil de ce parcours universitaire et professionnel, une idée prend progressivement forme : mettre ses connaissances, ses expériences et son réseau au service de son pays d’origine. « C’est au cours de toutes ces expériences que j’ai mûri l’idée de l’Institut Concorde, un groupe de réflexion dont l’objectif est de contribuer au débat public. Une façon pour moi de rendre à mon pays tout ce qu’il m’avait apporté », explique-t-elle.
À l’origine du projet, un constat : l’absence, selon elle, d’un espace de réflexion suffisamment structuré pour penser le Gabon autrement et créer des synergies entre les compétences nationales. L’Institut Concorde naît ainsi de la volonté de bâtir un outil d’influence, de réflexion et de réseautage au service des citoyens gabonais, où qu’ils se trouvent dans le monde. Pour lancer cette initiative, elle mobilise d’abord des proches, des amis et des membres de sa famille disposant des compétences nécessaires, avant de structurer l’organisation autour d’un bureau et de rechercher des relais au Gabon. Le défi était de transformer une conviction personnelle en une dynamique collective capable de durer.
L’Institut Concorde, une ambition collective
Depuis sa création en 2021, l’Institut Concorde poursuit un objectif ambitieux : peser dans le débat public, faciliter les échanges entre les compétences gabonaises et inciter chaque citoyen à renouveler sa manière de penser le pays. Charlène ONGOTHA reconnaît l’existence d’autres think tanks au Gabon, mais revendique pour son organisation une démarche structurée, nourrie par des partenariats de terrain et une présence progressive dans l’espace public.
Parmi les initiatives emblématiques figure le livre blanc consacré à l’implication des femmes gabonaises dans le débat public, qui a mobilisé 25 femmes gabonaises. Pour sa fondatrice, cette initiative constitue un point d’ancrage important dans l’écosystème national, par son caractère novateur et sa capacité à mettre en lumière la place des femmes dans la réflexion collective. Au-delà de la production d’idées, l’enjeu est de créer des espaces où les expériences, les expertises et les propositions peuvent nourrir les discussions sur l’avenir du pays.
Cette ambition repose sur une conviction résumée dans la devise de l’Institut : « Seule on va plus vite. Ensemble, on va beaucoup plus loin. » Une formule qui traduit aussi sa conception du leadership : construire une vision, mobiliser les bonnes personnes et leur donner les moyens d’agir ensemble.
Diriger, déléguer et apprendre à grandir
Faire vivre une initiative bénévole représente toutefois un défi permanent. Le principal obstacle rencontré par l’Institut Concorde reste la mobilisation et l’implication de ses membres. Contrairement à une structure dans laquelle les collaborateurs sont rémunérés, l’organisation repose sur l’engagement volontaire de personnes qui doivent concilier leurs activités professionnelles et personnelles avec les responsabilités collectives.
« Nous ne sommes pas payés pour ce que nous faisons, mais nous croyons que toutes les actions mises en place sont nécessaires pour la construction de citoyens plus engagés », souligne Charlène ONGOTHA. Elle sait que la pérennité du projet dépend de la capacité de chacun à mesurer l’importance de sa contribution et à s’investir pleinement.
Dans les périodes de doute, elle s’appuie sur son équipe, composée en grande partie de membres fondateurs et de proches. Elle a appris à consulter, à déléguer et à partager les responsabilités, y compris lorsque la charge devient difficile à supporter. Elle leur exprime d’ailleurs sa reconnaissance pour leur disponibilité, parfois tard dans la nuit ou durant les week-ends. Cette expérience lui a également permis de développer des compétences en management, en organisation, en écoute et en gestion des relations humaines. À travers l’Institut Concorde, elle ne construit pas seulement une organisation : elle affine aussi son propre leadership.
Dans dix ans, un acteur incontournable du débat public
Charlène ONGOTHA voit loin. Dans dix ans, elle imagine l’Institut Concorde comme un acteur crédible de la réflexion nationale, régulièrement consulté par les pouvoirs publics dans le cadre de l’élaboration des politiques publiques. Elle souhaite également en faire un outil de démocratie participative permettant aux Gabonais de toutes les provinces de contribuer davantage aux débats et au suivi de l’action publique, aux côtés des autres acteurs de la société.
Cette vision suppose de consolider la crédibilité de l’organisation, d'élargir son réseau et de maintenir une dynamique collective autour des enjeux nationaux. Pour sa fondatrice, le think tank ne doit pas être un simple cercle de discussion, mais un espace capable de faire émerger des idées, de rapprocher les citoyens et de contribuer à une meilleure prise en compte des réalités du pays.
« Nous devons prendre notre place »
Lorsqu’elle doit choisir un adjectif pour se définir, Charlène ONGOTHA répond sans hésiter : déterminée. Elle se décrit également comme très ambitieuse, une caractéristique qu’elle considère tantôt comme une qualité, tantôt comme un défaut, mais qui l’a portée jusqu’à la réalisation de ses projets.
À la jeunesse gabonaise, elle ne prétend pas donner de leçons. Elle préfère rappeler une responsabilité collective : « Nous sommes tous les composants d’un tout et si nous voulons que les choses changent, nous devons nous engager dans le débat public et prendre notre place. » Elle invite les jeunes à se former, à remettre en question leurs certitudes et à accepter de nouvelles manières de penser. Surtout, elle les encourage à intégrer l’intérêt collectif et la responsabilité envers les générations futures dans leurs choix.
À travers « Parlons de vous », BiBa 241 met en lumière le parcours de Charlène ONGOTHA, une femme qui entend faire de ses compétences juridiques et intellectuelles un outil de mobilisation citoyenne. Avec l’Institut Concorde, elle défend une idée essentielle : le développement d’un pays ne repose pas uniquement sur les décisions de ses dirigeants, mais aussi sur la capacité de ses citoyens à réfléchir, proposer et s’engager. Car penser le Gabon autrement, c’est déjà commencer à construire celui de demain.